Partager l'article ! Les leçons de Copenhague: lire La politique de l'oxymore: Des leçons, il y en a trop, avec trop de professeurs, et je n'en suis pas. ...
Des leçons, il y en a trop, avec trop de professeurs, et je n'en suis pas.
Alors, au lieu de lire toute la presse (et les newsletters...) sur l'analyse de cet événement local d'impact global, je me plonge dans la lecture du livre de Bertrand Méheust « La politique de l'oxymore ».
VISION GLOBALE !
Sa comparaison, de l'ébullition climatique actuelle avec le déni du magnétisme animal au milieu du XX° siècle puis l'acceptation à la fin du XX° siècle des forces paranormales, laisse songeur.
Elle lui permet d'affirmer « que le marché n'est pas ''globalement éco-compatible'' », puis en citant Paul Ariès (Le Sarkophage) que « Le processus fatal va continuer de s'étendre à toute l'humanité ».
Son application « d'heuristique de la peur » l'amène au concept de saturation.
Mais pourquoi le monde serait saturé d'écouter ses philosophes ?
Pourquoi n'y a t-il pas eu une de leur délégation à Copenhague ?
Bertrand Méheust développe le concept de saturation en s'appuyant sur les modèles mathématiques qui démontrent que « sur la fin, quand on approche de la limite, les courbes s'envolent et on assiste à un emballement de tous les processus. », « la saturation se traduira pour l'humanité par une véritable descente aux enfers ». Ses références les plus fortes viennent d'anciens philosophes comme François Meyer qui fut ostracisé (« La surchauffe de la croissance »), alors qu'aujourd'hui tout lui donne raison.
Il a écrit son livre en 2008 et 2009 (parution 05/2009), mais j'y trouve en substance le pronostic d'échec du sommet de Copenhague: « ...nous nous pensons encore protégés par un matelas de sécurité de quelques décennies. Dans une société ajustée à l'instantané du marché et à l'horizon limité de l'égo, ce délai suffit déjà à dévitaliser les enjeux. ».
OUH LA LA !! Il va très loin avec les détails de la « PRESSION DU CONFORT ». « Si les démocraties occidentales, mues par un soudain souci de justice, acceptaient de contracter d'une manière significative leur pression de confort, … la pression sur l'environnement ne diminuerait pas d'autant... ». Il précise avoir hésité lors de cette écriture. Moi, je l'approuve totalement. En été, quand je passe à pied dans Toulouse dans la ruelle de la descente de la halle aux poissons, je longe l'hôtel Garonne (****) qui crache aux passants de l'air à au moins 50° par les bouches de ses climatiseurs. Le confort intérieur, 20° voire 18°, s'obtient au détriment de ceux qui pensent à la sauvegarde de la planète ou tout simplement n'en ont pas les moyens. Toulouse en été est une vrai fournaise pour les passants. Si les habitants de l'immeuble en face de l'hôtel Garonne n'avaient pas de climatisation, ils subiraient le double de chaleur normalement dévolue à leur habitat. Pour vivre décemment ils installent une climatisation (certainement moins performante car je n'ai pas ressenti de rejet d'air chaud le long de la façade). La recherche de conforts et de loisirs hors normes des très riches impose au reste du monde de vivre en augmentant son empreinte écologique ou de subir des conditions mortelles à court terme.
Bertrand Méheust globalise ensuite en analysant les dérives de la démocratie. Ses paraboles valent toutes les explications scientifiques et les discours politiques. « Les stations d'épuration d'eau laissent passer les substances les plus toxiques qui s'accumulent dans les sédiments...si on augmente la puissance et le nombre des stations, on arrivera à une situation où le réseau tout entier des cours d'eau sera mis sous dialyse, comme l'est déjà, en vertu de la même logique, le réseau internet, où des épurateurs tentent vainement de filtrer la montée des immondices culturelles.». On peut sourire en pensant à ces immondes spams proposant viagra et gains au casino. On ne peut que pleurer de son constat de 2007 sur la mortalité des abeilles qu'il complète avec des données scientifiques récentes (j'en avais aussi en 2007, oserai-je prédire aujourd'hui pour octobre 2010 la crise alimentaire mondiale suite à 50% d'abeilles en moins cet été ?).
Pour étayer son titre, il nous propose de très justes oxymores: les « atouts handicapants », « la fragilité de la puissance » d'Alain Gras, « aller plus loin en arrière ».
Tiens, un exemple de la difficulté d'écrire en pensant à la capacité de concentration du futur lecteur: il cite « les ordinateurs des vaisseaux spatiaux... », j'ai tout de suite pensé à Maître Yoda qui sort de l'eau le vaisseau de Luke Skywalker dans la guerre des étoiles.
Combien sommes-nous à rêver du pouvoir de cette force mentale pour lutter contre tous les maux de notre société autodestructrice ?
J'admire plus loin sa parabole sur les alcooliques: « La cirrhose néolibérale est incurable ». Bravo aussi pour l'audace de sa critique de sarkozy « qui souhaite que les français deviennent propriétaires de leurs maisons: endettés jusqu'au cou pour 1 demi siècle, ils seront définitivement prisonniers du système ».
Monstrueux retour sur la réalité avec la critique de la finance mondiale et le parallèle imaginable sur la biosphère qui pourrira par contamination insidieuse généralisée.
Tout me va dans les exemples de Bertrand Méheust. Il aborde les délits des riches qui profitent de toutes les beautés de la nature et que « demain les pauvres vivront dans des endroits quelconques, neutres ou dégradés..... ». Tiens, je m'attendais à ce qu'il mette bidonville, il n'a pas osé.
Il n'oublie rien de ce que je déteste et dénonce, comme la publicité « le déchet moderne envahit tout l'espace physique et sous sa forme publicitaire tout l'espace mental », en citant Michel Serre et son livre « Le Mal propre ».
2° partie plus portée sur le titre du livre.
Liste d'oxymores et utilisation: « force d'équilibration » ou « formatage » que je traduis par manipulation, et sa démonstration fine m'a fait penser à l'allemagne hitleriènne avant qu'il la dévoile distinctement. « une cohérence antagoniste est le signe en même temps que la condition d'une société saine. Mais quand elle s'éffondre et qu'un pôle imaginaire s'impose, on voit s'installer un monde unidimensionnel propice au développement de formes pathologiques individuelles et collectives », citation que Bertrand Méheust utilise, titrée du livre de Gilbert Durand « L'âme tigrée, les pluriels de psyché ». J'approuve totalement une de ses conclusions après une longue démonstration: « notre temps est bien en train d'enfanter un nouveau monstre ». Celui ci serait le marché planétaire et déclencherait par son emballement un cataclysme mondial dont « le nazisme fut la version anticipée ».
Bertrand Méheust est vraiment très fort dans son analyse du sarkozisme qu'il voit abuser le bon peuple par l'utilisation d'oxymores pour masquer les véritables ambitions du néolibéralisme. Je retrouve mon dégout de cette société quand il liste les grandes tensions internes de l'économie libérale, comme prôner la transparence et la vérité mais légitimer les mensonges publicitaires. Et j'en rajoute une puisqu'il écrit « je laisse le lecteur allonger cette liste, que l'on pourrait prolonger pendant des pages... ». La société rêve d'immortalité mais commercialise des substances de plus en plus mortelles (cigarettes, drogues, OGM) et fabrique des armes toujours plus capables de déclencher des cataclysmes.
Ça alors, son rappel de l'étymologie d'oxymore est situé aussi bien qu'un dénouement d'un film d'hitchcock et m'apprend qu'il signifie « folie aigüe ». Il démontre alors que cette utilisation d'oxymores à doses massives conduira à la saturation de la vie humaine, à l'apocalypse.
J'ai repris de nombreuses phrases et idées, mais un livre de philosophe ne se résume pas. Il est dense et complet par nature, je vous incite donc à le lire vous-mêmes, ne serait-ce que pour toutes les citations qui déclencheront tant d'autres lectures, comme la dernière à propos de « Aimé Michel, un des pères fondateur de Planète ».
Merci Monsieur Bertrand Méheust, mais que pourrez-vous écrire après ce livre ?
Merci aussi à la Librairie-Tartinerie basée à Sarrant qui tenait un stand et m'a permis de trouver ce livre, lors du 9ème Forum Régional de l’Economie Sociale et Solidaire en Midi-Pyrénées, salle Jean Mermoz les 4 et 5 décembre 2009 (fichier programme).
Bruno
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